Castor n°69

Editorial : Encore un Castor sur l’urbanisation !

Les lecteurs pardonneront, je l’espère, aux rédacteurs du Castor, militants bénévoles des AVB rappelons- le, de revenir sur un sujet souvent débattu dans ces colonnes et, avouons-le, assez peu festif : « l’urbanisation ». Mais chaque fois que nous essayons d’oublier cette menace qui pèse sur les derniers espaces naturels d’Île-de-France, dont la vallée de la Bièvre qui nous est chère, une nouvelle opération se fait jour et prend le pas sur l’actualité.

Nul ne conteste que les choix en matière d’urbanisation sont déterminants pour notre cadre de vie. De ces choix dépendent l’offre en logement, le caractère des communes dans lesquelles nous vivons et, bien sûr, les difficultés de transports liés à la densité plus ou moins forte de la population. Ils sont structurants pour le long terme. C’est donc bien de la « qualité de vie » en général dont il s’agit et les décisions liées à l’urbanisation sont parmi les plus importantes que peuvent prendre nos élus. Si l’on en doutait encore, il suffirait de se promener de commune en commune dans notre région pour observer concrètement le résultat des différents choix qui ont été faits localement.

Quoi de plus logique alors que ces choix mobilisent autant l’attention des citoyens et qu’ils soient au coeur des débats, comme le montre en ce moment les réunions organisées par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) sur le projet du Grand Paris.

Car c’est un sujet sur lequel les citoyens demandent la parole… mais ont bien du mal à l’obtenir.
Les porteurs de projets d’envergure ne souhaitent guère, en effet, mettre en débat des projets qu’ils ont déjà arrêtés voire, pire encore, les modifier et risquer de remettre en cause les équilibres politiques et financiers qui sont derrière !

C’est clair quand il s’agit de l’État, et l’on peut voir, à l’occasion des débats publics sur le Grand Paris, à quel point le maître d’ouvrage (la Société du Grand Paris) prend de haut les questions que le citoyen ordinaire a l’outrecuidance de soulever !

Dans ces débats publics supposés être de haute tenue, la parole citoyenne est la plupart du temps confisquée par les promoteurs du projet et les élus qui monopolisent l’essentiel du temps alloué, en principe, au public (expérience vécue ces deux derniers mois lors des débats à Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines, Jouy-en-Josas, etc).

Mais c’est aussi vrai à l’échelon communal où les questions d’urbanisation se retrouvent dans leur dimension la plus concrète, celle que vivent au jour le jour les habitants. Certains élus voudraient bien voir les citoyens se cantonner à leur rôle d’électeur et ils ont parfois tendance à légitimer toutes leurs actions par le pouvoir que leur confère leur mandat ; comme si la démocratie pouvait se contenter qu’on rende des comptes tous les cinq ou six ans, lors des élections ! Si la sanction arrive alors, il est trop tard en général et le mal est fait pour plusieurs générations. Ces choix cruciaux pour l’avenir exigent un exercice plus actif et plus participatif où les élus soumettent au débat leur choix au moment où ils les effectuent, ce qui ne veut pas dire que la décision finale ne leur appartienne pas. C’est cela aussi la démocratie.

Ne parlons pas des exercices obligés des « enquêtes publiques », comme celles qui ont lieu lors de la mise à jour des PLU par exemple, et qui sont ce que le hamburger est à la gastronomie, vite fait et indigeste : dossier de 500 pages à consulter en mairie pendant quelques semaines, pas de focalisation sur les enjeux et surtout, en fin de compte, des rapports finaux presque toujours insipides où l’avis de la population est ignoré.

Donner la parole au citoyen dès la phase d’élaboration des projets, c’est donc bien la meilleure réponse face à l’enjeu des opérations d’urbanisation. Cette parole est porteuse d’idées, de projets alternatifs et d’ambitions pour l’avenir. C’est un exercice légitime et un bon usage de la démocratie qui ne peut que renforcer la pertinence des décisions des élus et la confiance que la population leur accorde.

Ce numéro du Castor tente donc de vous donner quelques clés pour aborder cette question compliquée de l’urbanisation de notre région, en espérant qu’elles contribueront à ouvrir les portes du débat.

Olivier Lucas


Documents joints

Castor n°69 - page 1
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