Le point de vue d’un exploitant forestier

dimanche 11 décembre 2011
par AVB

Alors que, jusqu’au XVIIIe siècle, les forêts franciliennes étaient essentiellement protégées en tant que réserves de chasse royales et princières, elles ont persisté depuis sur les terres jugées impropres à l’agriculture. Mais c’est surtout leur valeur environnementale que l’on redécouvre aujourd’hui, biodiversité, source d’énergie (bois), contribution au bilan carbone, et aussi pour le rôle important qu’elles ont pour les loisirs des citadins. Ainsi, la « valeur » de nos forêts a-t-elle largement évolué à travers les siècles. Mais il se pourrait bien qu’elle n’ait jamais été aussi grande qu’aujourd’hui.

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Tout comme pour les terres agricoles rien n’est laissé au hasard et c’est une véritable CULTURE qui s’applique au développement des espaces boisés. Il y a SYLVICULTURE comme il y a AGRICULTURE.

L’état sanitaire de ces forêts nous fut révélé lors de la tempête de décembre 1999. Sous-exploitées, peuplées de bois trop vieux, des pans entiers de forêts se sont couchés. Une forêt cultivée, exploitée et « récoltée », une forêt qui pousse, c’est aussi une forêt qui a le meilleur rendement écologique (recyclage du carbone, production durable de matériaux de construction et énergétiques).

Aujourd’hui encore, l’exploitation forestière est au ralenti en Île-de- France et les forêts périurbaines sont en phase de transition. EIles sont, de plus en plus, vouées à devenir des parcs et des lieux de promenade pour une population francilienne assoiffée d’air pur et de moments calmes. Cependant, une forêt n’est pas un parc et la mutation de forêts en parcs est aussi complexe que celle de sites industriels en sites d’habitation. Les cultures, les récoltes doivent être menées à leur terme. Il serait absurde et oublieux du travail acharné de nos aînés de ne pas récolter proprement les fruits de leur sylviculture.

Les gros bois qui poussent autour de nous ont beaucoup de valeur et ce sont en majorité des acheteurs étrangers qui les transforment (ltaliens, Portugais, Anglais, Chinois, etc.). Les scieries de bois disparaissent régulièrement de notre pays au fil des nouvelles réglementations et sous la pression financière. En France, une scierie ferme chaque semaine et il n’en reste plus que deux en Île-de- France ! La valeur ajoutée apportée par la transformation de ce bois est ainsi perdue.

Les petits bois, pour leur part, trouvent preneur sur un marché très local : le bois de chauffage. Il est vraisemblable que la sensibilisation aux énergies renouvelables et le prix raisonnable et stable de ce combustible conduisent au développement de ce débouché.

Dans la vallée de la Bièvre, les forêts sont en majorité domaniales et peuplées de feuillus durs : chêne, châtaignier, charme, hêtre et bouleau. Il demeure quelques massifs privés, généralement sur des terres pauvres ou impropres à l’urbanisation : flans de la vallée la Bièvre, de la Sygrie, de la Mérantaise, du Rhodon et de l’Yvette.

Pour une grande part de ces forêts, comme partout dans la petite couronne parisienne, pour des raisons de difficulté d’exploitation et de forte demande d’espaces de loisirs, l’avenir est sûrement de devenir des lieux de promenades.

Mais, pour la grande couronne et au-delà, nos forêts doivent rester des sites de production d’une matière première noble et durable : LE BOIS.

Bièvres, Paul Lafon