Inondations : quels risques dans la vallée de la Bièvre

dimanche 6 novembre 2005
par AVB

Vingt-trois ans après les terribles inondations de 1982 et alors que communes et préfectures tardent à établir les PPRI (Plan de Prévention des Risques d'Inondation), Le Castor a souhaité faire le point de la protection actuelle de la Vallée à l'égard des risques d'inondation.

La Bièvre hors de son lit devant la gare de Bièvres.

L'épisode de juillet 1982 encore dans les mémoires

Nombreux sont les habitants de la Vallée qui se souviennent des dégâts provoqués par la pluie du 21 et 22 juillet 1982 (110 mm en 3 heures !).
 
Cet orage terrible a engendré 10 millions de m3 d'eau de ruissellement. Or la rivière ne pouvait évacuer que 2 millions de m3 sur la période considérée. À cette évacuation s'est ajoutée la rétention de 500000 m3.
 
Ce sont donc 7,5 millions de m3 qui ont envahi la Vallée, entraînant des dégâts très importants : 1,20 m d'eau dans le centre de Jouy-en-Josas et 1,50 m d'eau à Bièvres et Igny, et des dégâts dans toutes les maisons des centresvilles, nombreuses voitures immergées, etc.
 
À la suite de cet événement, le SIAVB (Syndicat Intercommunal d'Aménagement de la Vallée de la Bièvre), déjà chargé par les communes de gérer les bassins existants, a décidé de lancer un programme d'opérations visant à mieux protéger la Vallée dans les années suivantes. Le but était double :
  • augmenter les possibilités de retenue de l'eau de 30%, pour disposer de quatre bassins de retenue offrant une capacité globale de 274 000 m3 (La Geneste à Buc, Les Bas-Prés à Jouy-en-Josas, Les Damoiseaux à Igny, Vilgénis à Massy).
  • créer un système de régulation automatisé. En effet, l'optimisation de l'évacuation par la rivière elle-même nécessite d'associer en temps réel plusieurs paramètres en fonction de l'état de la rivière de l'amont à l'aval et des remplissages des bassins. Car un orage peut entraîner une forte précipitation localisée sur une partie de la vallée et remplir les différents bassins de façon inégale.

D'autres alertes plus récentes

L'année 2001 a apporté une situation intéressante : en juillet ont eu lieu, à 20 jours d'écart, deux précipitations de fréquence « décennale ».
 
Le 7 juillet 2001, il est tombé 40 mm de pluie en 1 h et 77 mm au total pendant 7 h. Le 26, il a été enregistré 45 mm en 50 minutes, et 55 mm au total sur 2 h.
 
Cette succession d'événements vient rappeler, de manière opportune, que le risque statistique d'une précipitation d'importance n'est qu'une moyenne qui peut être contredite par la réalité sur une période limitée. De même que deux crues décennales peuvent se succéder à 20 jours d'intervalle, de même deux crues centennales, comme celle de 1982, peuvent survenir à 20 ans d'écart.
 
On ne peut, en aucun cas, considérer que la dernière crue centennale datant de 1982, la prochaine n'aurait lieu qu'en 2082 !
 
Il faut noter que le 26 juillet 2001, alors qu'il ne s'agissait que d'un événement orageux d'importance décennale, le bief de Vauboyen a débordé pendant 3 heures et 3 habitations ont été sinistrées (1,20 m d'eau dans les maisons). Cet incident a montré la nécessité d'améliorer encore le système de régulation des événements exceptionnels dans la Vallée, même pour des chutes de pluie d'importance décennale.
 
Depuis 2001 que s'est-il passé ? En 2004, il y a eu deux précipitations très importantes le 18 août (orage) et les 20-22 octobre. Ces jours-là, la seule situation limite de la vallée se trouvait à Vauboyen où il n'a pas été noté de débordement, même si le débit de pointe a été légèrement supérieur au débit maximum admissible à cet endroit de la Vallée.
 
Tout récemment en 2005, un seul événement particulier est à noter : l'orage du 23 juin, où il est tombé 58 mm de pluie en 53 minutes sur Buc et Jouy, sans sinistre dans la vallée. Au total depuis 1994, après la mise en place du système de régulation informatisé, le SIAVB n'a pas noté d'inondation. Mais il faut relativiser ces données par l'absence de précipitations extrêmes, donc sans pluie de retour de 50 à 100 ans, depuis 1982.
 
N'oublions pas également que les pluies importantes de juillet 2001 n'ont représenté, en ampleur, que la moitié des précipitations de juillet 1982 qui avaient inondé la vallée.

Peut-on estimer le risque pour la vallée de la Bièvre ?

Pour apprécier les risques qu'encourt la Vallée, il est nécessaire de s'intéresser à la pluviométrie locale étudiée par Météo-France à sa station la plus proche (Trappes).
 
Rappelons que les précipitations pluvieuses sont mesurées en « millimètres d'eau » ; 1 mm d'eau est l'unité de mesure correspondant à la chute d'1 litre d'eau par m2.
 
La pluviométrie moyenne (mensuelle) est bien répartie sur l'année : il a plu environ 50mm/mois sur la période 1971-2000, avec un maximum en mai et en décembre. Pendant ces périodes, il est tombé plus d'1 mm d'eau environ un jour sur 3, et plus de 10 mm 1 à 2 jours/mois. Ces pluies n'occasionnent aucun dommage ; au contraire, elles sont bénéfiques.
 
Mais il y a aussi des chutes d'eau exceptionnelles et ce sont celles-là qui nous préoccupent en raison de leurs conséquences pour les habitants de la vallée. Sur une analyse des chiffres de 1949 à 2001, à Trappes, sont recensés : 11 jours de 40 mm d'eau ou plus et, parmi ceux-ci, 5 jours à plus de 50 mm, 4 à plus de 60 mm, 2 à plus de 70 mm et 1 jour à plus de 90 mm d'eau, le 6 juillet 2001. Ce jour-là, il est tombé en un jour 1,5 fois la normale mensuelle !
 
Ces précipitations extrêmes surviennent essentiellement de juin à septembre pendant des orages, et peuvent être très localisées.

Allons-nous vers une augmentation des chutes d'eau brusques et importantes ?

Météo-France a observé, ces dernières années, une légère augmentation de la quantité des précipitations et du nombre de jours de pluies à Paris et Trappes.
 
D'une manière générale, en France, le réchauffement sur le dernier siècle est plus marqué dans le sud que dans le nord. Les températures minimales se sont plus réchauffées que les températures maximales. Mais on n'observe pas de tendance à l'augmentation des tempêtes en nombre ou en intensité sur les cinquante dernières années.
 
Quant aux prédictions des tendances pour l'avenir, même si le réchauffement climatique est confirmé sur le globe et devrait se poursuivre durant ce siècle, les simulations et les projections pour le XXIe siècle ne permettent pas encore d'avoir des résultats fiables sur les conséquences régionales, notamment pour la pluie.
 
Pour Météo-France, les épisodes pluvieux récents sur l'Europe peuvent très bien être attribués à la variabilité naturelle du temps.
 
Si l'on suit la prudence de Météo-France, on ne peut pas tirer de conclusion sûre concernant l'évolution du risque dans les années à venir. Il faut néanmoins tenir compte de la situation concrète observée au cours des dernières années et ne pas négliger le risque présent et considérer qu'il y aura encore des chutes d'eau majeures en été.
 
Il est donc important que les élus et la population aient conscience que le risque d'inondation persiste en cas de précipitations importantes, même s'il a été atténué par la réalisation de nouveaux bassins de rétention qui en réduisent l'éventualité.

Le dispositif actuel est-il suffisant ?

Le SIAVB estime que le système en place est performant puisqu'il a permis de gérer sans inondation six événements pluvieux « remarquables » depuis 1995, dont deux majeurs au cours de l'année 2001.
 
La réalisation en cours d'une retenue à Vauboyen devrait supprimer le dernier lieu d'inondations pour des crues d'importance moyenne.
 
Mais le SIAVB indique lui-même que la capacité de stockage actuelle serait néanmoins dépassée par les volumes d'eau issus d'une pluie décennale de durée 2 heures et que des inondations sont encore possibles en cas de crues supérieures à une crue vingtennale (durée de retour de 20 ans).

Des projets viennent compléter le dispositif actuel :

  • Un bassin de 20 000 m3 sera créé à Vauboyen très prochainement afin de limiter la répétition d'une inondation du type de celle de 2001.
  • L'urbanisation de Saclay s'accompagnera de bassin de retenue pour des pluies de gravité vingtennale.
  • La ville nouvelle de Saint-Quentin a décidé lors du « protocole des Yvelines » en septembre 1997 de dimensionner tous ses ouvrages de rétention pour retenir des crues de retour de 30 ans.

D'autres projets sont à l'étude pour le plus long terme :

  • Bassin sec dans le bois du Loup pendu (Bièvres) et bassin sur le site de la Gourgandière (Bièvres), afin de réduire les crues de la Sygrie, affluent de la Bièvre recevant les ruissellements des sites construits au Petit-Clamart.
  • Possibilité de créer un bassin sec dans le terrain de l'Inra situé au Val d'Albian afin d'améliorer l'écoulement progressif vers Vauboyen.
  • Etudes en cours sur le ru Saint-Marc (Jouy) et sur le ru des Godets (Sceaux) ainsi qu'à la Cour Roland pour augmenter les capacités de stockage.
 
Il n'existe plus dans le fond de la vallée d'emprise foncière disponible pour retenir l'eau ruisselée d'une importance centennale.
 
On remarque néanmoins que tous ces aménagements visent à gérer des risques relativement fréquents, c'està- dire des crues d'importance vingtennale ou trentennale. Même les projets à long terme restent modestes dans leur capacité. Que se passerait-il en cas de crue centennale ?
 
À partir de ces données, on peut estimer qu'une crue centennale pourrait aboutir à 60 cm d'eau environ dans le centre de Jouy-en-Josas à partir du niveau de la gare, avec une vitesse d'écoulement d'eau ne dépassant pas 20 cm/sec dans les rues.
 
La situation à Bièvres serait vraisemblablement voisine puisque les deux fonds de vallée se ressemblent au centre de chacune de ces deux communes.
 
Ces conditions sont d'ailleurs les conditions maximales demandées par les pompiers pour pouvoir intervenir auprès des personnes sans avoir besoin d'embarcation.
 
On peut ainsi mesurer d'une part le bénéfice des travaux réalisés dans la vallée par le SIAVB, puisqu'ils permettraient de limiter la hauteur d'inondation par rapport à la crue de 1982, mais on en voit aussi les limites puisqu'un risque persiste en fond de vallée, là même où se projettent des constructions.
 
Les zones qui restent inondables doivent donc être précisées rapidement pour tenir compte des progrès réalisés, mais aussi pour définir les dangers persistants pour les habitants.
 
Ce moyen d'information existe, c'est le PPRI (Plans de Prévention des Risques d'Inondation), que les préfectures des Yvelines et de l'Essonne doivent établir. Les PLU en cours d'élaboration doivent également tenir compte de ces contraintes et participer à l'information du public.

Quand ce ruisseau déborde ; Il n’a point de miséricorde ; Il bouleverse les maisons ; Il renverse les murs et cloisons ; Inonde toute la campagne ; Mine, roches, caves, montagne, Ensevelit, dedans son corps ; Des vivants dont il fait des morts.

Poème anonyme, 1665